La même question dans une autre langue : 72 % des entreprises citées ne le sont que d'un côté
Mesuré le 15 août 2026 sur six villes, en français, en portugais et en anglais. Reposer la question dans la même langue en rend 61 % des noms ; la poser dans une autre langue, 20 %.
Dans cet article
- Pourquoi une différence, seule, ne prouve rien
- Ce que nous avons mesuré, le 15 août 2026
- Quels moteurs sont concernés ?
- Le cas le plus net : les plombiers lyonnais
- Est-ce que quelqu'un d'autre a vu ça ?
- Pourquoi cela arrive maintenant, en France
- Un détail que nous avons vérifié avant de conclure
- Ce que ça change pour vous
- Les limites, comme d'habitude
Ce matin, nous avons demandé à ChatGPT les meilleurs comptables de Belo Horizonte. En portugais, il n'a nommé personne : il a répondu par des questions - pour une personne physique ou une entreprise ? quel type de service ? À la même minute, la même question posée en anglais a produit une liste immédiate : PwC Brasil, Deloitte Brasil, EY Brasil, KPMG Brasil, Grant Thornton Brasil.
Deux réponses, une ville, un moteur, un instant. Laquelle décrit la comptabilité à Belo Horizonte ? Et surtout : si vous êtes un cabinet mineiro, dans laquelle des deux vous cherchez-vous ?
Pourquoi une différence, seule, ne prouve rien
Hier, nous avons publié une mesure gênante pour celle d'aujourd'hui : la même question, au même moteur, vingt-quatre heures plus tard, ne rend pas la même liste. Un moteur ne s'accorde déjà pas avec lui-même. Constater que le français et l'anglais divergent ne dirait donc rien tant qu'on ne sait pas de combien un moteur diverge d'avec lui-même.
C'est le témoin de cette mesure, et c'en est le vrai sujet. Chaque question a été posée deux fois dans chaque langue, dans la même foulée. Les deux répétitions donnent le plancher de bruit. La comparaison entre langues n'a de sens qu'au-dessus de ce plancher.
Sans ce témoin, nous aurions publié du bruit en l'appelant un effet de langue.
Ce que nous avons mesuré, le 15 août 2026
Six couples métier-ville, appariés entre deux marchés : plombiers, comptables et boulangeries à Lyon, Nantes et Bordeaux ; les mêmes trois métiers à São Paulo, Belo Horizonte et Curitiba. Chaque question a été posée dans la langue du pays et en anglais, deux fois chacune, aux trois assistants - 72 réponses. Les questions sont celles que pose un audit payant, pas des questions écrites pour l'occasion.
- Même langue, question reposée : 61 % des noms reviennent. Six sur dix. C'est le plancher de bruit.
- Langue changée : 20 %. Deux sur dix.
- 41 points d'écart. Traverser la langue éloigne bien plus que reposer la question.
- Sur 123 entreprises citées au total, 35 le sont dans les deux langues - et 88 dans une seule, soit 72 %.
Quels moteurs sont concernés ?
Le chiffre global cache l'essentiel : l'effet n'appartient pas aux trois moteurs de la même façon. Perplexity garde 69 % de ses noms quand on repose la question, et 5 % quand on change de langue. Gemini passe de 45 % à 25 %. Chez ChatGPT, l'écart entre langues n'est pas distinguable du bruit - mais ce moteur nomme si peu d'entreprises locales que le calcul ne repose chez lui que sur une poignée de cas : nous le signalons plutôt que de le compter.
Ce partage est cohérent avec ce que nous mesurons depuis dix jours : l'effet appartient aux moteurs qui vont chercher sur le web. Un moteur qui répond de mémoire répond à peu près pareil dans les deux langues. Un moteur qui cherche, lui, ne cherche pas au même endroit selon la langue - et rapporte donc autre chose.
Le cas le plus net : les plombiers lyonnais
Interrogé en français sur les meilleurs plombiers à Lyon, Perplexity cite Plomberie Roche Lyon et Mb Plomberie. Interrogé en anglais, à la même minute : AS DEPANN, Abatir, APAMS Plomberie, Plomberie Paul.
Ce ne sont pas des entreprises internationales qui remplaceraient des locales. Ce sont des plombiers lyonnais des deux côtés - simplement pas les mêmes. Et pendant ce temps, reposer la question en français en rend les deux tiers. Même moteur, même ville, même métier, même instant : deux listes disjointes de vrais plombiers.
Est-ce que quelqu'un d'autre a vu ça ?
Oui, et cela vaut d'être dit. L'éditeur Peec AI a publié le 12 février 2026 une analyse de ses propres données - plus de 10 millions de questions et 20 millions de recherches déclenchées en arrière-plan par ChatGPT : 43 % de ces recherches sont menées sur le web anglophone alors que la question était posée dans une autre langue. Le turc bascule le plus souvent vers l'anglais (94 %), l'espagnol le moins (66 %), et aucune langue non anglophone ne descend sous 60 %. À prendre pour ce que c'est : la déclaration d'un éditeur sur ses propres données, sans méthodologie ni jeu de données publiés, donc invérifiable de l'extérieur. Mais elle décrit exactement le mécanisme que nos chiffres rendent visible côté résultat.
BrandGEO Global a publié le 1er août 2026 un test parisien du 10 juillet : en gestion de patrimoine, les réponses en français nomment des boutiques indépendantes françaises, celles en anglais de grandes banques privées internationales ; un cabinet apparaît dans trois des quatre réponses françaises et dans aucune des quatre anglaises. Le dénominateur, tel que la source le donne : quatre catégories, une question par langue, quatre moteurs exploitables ce jour-là, ChatGPT en échec sur tous les prompts parisiens. C'est un signal ponctuel, pas une série - et c'est précisément la différence que nous avons voulu combler avec un témoin.
Enfin, un constructeur l'écrit lui-même. La fiche technique de Claude Opus 5, publiée par Anthropic le 24 juillet 2026, dit : « Claude is multilingual, typically responding in the same language as the user's input. Output quality varies by language. » La qualité de sortie varie selon la langue. La phrase ne dit rien des entreprises citées - nous ne lui faisons pas dire plus que cela.
Pourquoi cela arrive maintenant, en France
Le 22 juillet 2026, Google a annoncé sur son blog France, sous la signature de Sébastien Missoffe, le lancement des Aperçus IA et du Mode IA dans la Recherche en France, déployés « dès aujourd'hui sur mobile et ordinateur, ainsi que dans l'application Google sur Android et iOS ». La surface générative française a trois semaines. Les questions que se posent les commerçants français à ce sujet ne sont pas en retard : elles sont exactement à l'heure.
Un détail que nous avons vérifié avant de conclure
Deux de nos six questions natives étaient grammaticalement fautives : nos gabarits accordent au masculin, ce qui donne « les meilleurs boulangeries » et « os melhores padarias ». Le fichier qui contient ces gabarits affirme lui-même qu'une question mal écrite obtient une moins bonne réponse. Si c'est vrai, ces deux cas mesuraient une faute d'accord, pas une langue.
Nous avons donc reposé ces deux questions avec l'accord correct, rien d'autre de changé : 4,4 points d'écart, contre 48 % de recouvrement quand on repose la même question. C'est du bruit. La croyance n'est pas confirmée, les deux cas ne sont pas disqualifiés - et nous n'avons pas modifié les gabarits, parce qu'une faute qui choque à la lecture n'est pas une raison suffisante pour déplacer la mesure de tous nos clients.
Ce que ça change pour vous
Mesurez dans la langue de vos clients.
Un outil qui interroge les assistants en anglais pour juger votre visibilité en France ou au Brésil ne mesure pas votre marché : il en mesure un autre, où vos concurrents ne sont pas les mêmes.
Ne concluez rien d'un test en anglais.
Ni « je suis visible », ni « personne n'est cité chez moi ». Vous savez seulement ce que l'anglais dit de votre ville.
Si vos clients vous cherchent parfois en anglais, c'est deux terrains, pas un.
À Nantes, la question en anglais fait remonter PwC Nantes, Groupe Secob, Fiteco ; la question en français fait remonter Cerfrance, Capeos, One Ace. Un cabinet peut dominer l'un et être absent de l'autre.
Aucun de ces chiffres ne promet un classement.
Sur une matière où reposer la même question change déjà quatre noms sur dix, promettre une place serait promettre le résultat d'un tirage. Nous ne le faisons pas.
Les limites, comme d'habitude
Six couples métier-ville, un seul matin, trois assistants : c'est un sondage, pas un recensement. Nous comparons les huit premiers noms de chaque réponse, ce que notre extracteur retient. Les listes ont été relues à la main, et le compte se suit : sur 334 chaînes extraites, 154 n'étaient pas des noms d'entreprises - des intertitres, des critères de choix, des conseils - et 23 étaient des annuaires. Restaient 157 noms, dont 4 écartés en seconde lecture. Les 153 graphies survivantes désignent 123 entreprises distinctes, une fois fusionnées les variantes d'écriture d'un même établissement - faute de quoi « Aquarius » et « Panificadora Aquarius » auraient compté pour deux boulangeries de Curitiba.
Ce nettoyage n'arrange pas notre conclusion : il la renforce. Avant filtrage, le plancher de bruit tombait à 32 % et l'écart à 21 points. C'est en retirant le bruit que l'écart s'est creusé - le bruit, lui, ne parle aucune langue.